mercredi 9 janvier 2013

135-

Des yeux dont le pauvre éclat aurait pu me faire pitié. S’ils n’étaient traversés, par intermittence, d’une sorte de sauvagerie. Mais c’est toute sa personne qui semblait se débattre dans les ruines. Les débris de son propre corps.

lundi 7 janvier 2013

134-

En fait, après les cartons il y avait encore des objets hétéroclites. Je ne les avais pas vus, et risquais de tomber. Cet épisode me rappelle que mes yeux sont condamnés. Je suis dans un lit, vaguement éclairé par une lampe led. J’écris comme on le faisait au siècle dernier, un siècle vaurien. Je vois mal, et ça ne va pas s’arranger...Je n’ai aucun traitement pour ça. Chaque souvenir déposé me rapproche un peu plus de l’écran noir. De ma libération. L’homme au visage marqué me regarde, et doit se dire quelque chose du genre « tu attends quoi ? Barre-toi ! ». Mais il ne formule toujours aucune phrase. Tout passe par les yeux.

lundi 17 décembre 2012

133-

Mais ce type étrange à moitié nu dans la rue, qui a sauté de sa fenêtre comme un félin. Alors que son visage est tavelé, et même grêlé. Qu’il est en surpoids, les muscles fatigués. Qu’il est sans âge, la peau diaphane et relâchée. Il ne parle toujours pas. Des murmures ou des feulements, rien d’autre. Un putain d’animal qui dégage une odeur inouïe. Je me dis que c’est un genre de filtre. Puis que cette chose n’est pas humaine. Le simple produit de mon imagination. Une manipulation du tueur. Et pourquoi pas son apparition.

vendredi 14 décembre 2012

132-

Il me traîne comme ça sur quelques mètres. Comme il porterait un de ces cartons. Sans ménagement mais pas violent non plus. Puis il me lâche quand le trottoir est totalement dégagé. Cette prise en main grossière, humiliante, m’aurait autrefois mis en colère. Là non. Je l’ai acceptée. Et même j’en redemande. L’odeur m’accompagne, s’enrichit d’une senteur d’orange. Sillage bouleversant, comme si elle était là. Qu’elle me tenait. Puis c’est effroyable. Car ce n’est pas elle à mon bras.

mardi 11 décembre 2012

131-

 
Une odeur d’abandon et d’insalubrité, noyée dans une incroyable fragrance. D’un raffinement insensé sur la peau d’un type pareil. La fatigue, le choc en retour...Je suis comme aspiré. Incapable de l’envoyer au diable. Il grogne, en me pressant le bras. J’ignore ce qu’il veut. Mais son odeur de rose et de jasmin, pour les composants que je reconnais, me tétanise. Elle est trop féminine, trop proche de celle de Céline. Je comprends à cet instant mon absence de résistance.
 
(Musique : "From the aquarium" by Philippe Petit)

vendredi 7 décembre 2012

130-

D’un geste il m’indique par où passer. Un geste accompagné d’un grognement. Je parviens à me frayer un passage entre les cartons trempés. Alors que je m’éloigne, il m’agrippe par un bras. Pour ça, il a dû sauter par la fenêtre. L’odeur que ce type dégage...Même cette nuit, je m’en souviens encore. Pas une mauvaise odeur. Seulement une chose que je n’avais jamais sentie auparavant. Les odeurs des corps, de la mort...Je les connais toutes. Jusqu’à la nausée. Mais pas ce mélange-là...Emanant d’un corps athlétique et usé.

mercredi 5 décembre 2012

129-

Ce soir elle m’attire. L’influence du tueur, je ne sais pas...Ce visage abîmé, ce torse puissant, mais des chairs effondrées. Le tout penché dans le vide, fumant une cigarette, me regardant avec intérêt. A la façon d’un vieux fauve, impavide et méfiant. Un regard éclairé par le lampadaire installé au-dessus de sa fenêtre.