jeudi 5 septembre 2013

181-

Et dans ma tête, j’entends à nouveau l’écho monstrueux de cette voix intérieure. Qui, depuis le matin, me hante.
 
En parlant de subir ta vengeance...Je veux bien vendre ma peau, imbibée de bonne heure et sans pitié...J’ignore ce qui me manque, comme une esquisse que je suis.  Nous avons notre salut toxique. Fatigué...Fatigué... A fleur de bière et de peau...Est-ce que tu veux de cette ombre ? Le plus simple appareil, une balle, la fumée d’une prière.  Une balle la fumée d’une prière... Remplacée par une ébauche...Sorte de premier jet ou de carcasse. Que l’on habille d’un tee-shirt Levi’s...Que l’on entraîne sur les hauteurs. La lumière me traverse, entre-temps se prépare la nuit, les immeubles s’accroupissent... Plus minces et moins sûrs. Entre-temps le message est reçu...Super ! J’ai pensé. L’envie m’a quitté...D’une guerre éclair. Son agonie avec cette ébauche de sourire...C’est comme si tous les contraires essayaient de s’unir...Tout va si vite qu’on devient entre ces murs de simples esprits. Au vécu si frêle...Merde !  J’ai pensé : l’envie, la salope, est revenue...Faut redescendre dans la fosse,  une esquive de plus...En parlant d’être. En parlant d’elle. En parlant de ta femme.

mardi 3 septembre 2013

180-

Le bois grince, et la rambarde si fine. On eût dit qu’elle pouvait s’effondrer à peine touchée. Un instant nous demeurâmes sur le minuscule palier...Tout aussi fragile. Mezzanine délabrée, servant de chambre. Enfin de niche plutôt. Un matelas sur le sol branlant, deux cartons, comme ceux qui jonchent le trottoir en face de chez Karl. Nous tenons à peine tous les deux dans cet espace exiguë. Le désir fugitif que la mezzanine s’écroule. Mais elle a tenu. Karl a tiré de l’intérieur du matelas, percé sur le côté, un sac qu’il m’a immédiatement remis entre les mains. J’ai su ce que c’était à la seconde. Une arme à feu. Et dans ma tête j’entends...Shoot! Shoot! Shoot!

lundi 2 septembre 2013

179-

Mais aucune chance qu’il le trouve en moi cet homme. Il est mort celui-là, et depuis longtemps. A-t-il seulement existé ? Il peut sombrer Karl, sombrer dans son délire. Fouiller ce local, le défoncer s’il le veut. Je n’y trouve rien à redire. Il finit par comprendre, et cesse de me braquer avec son faisceau lumineux. Avec acharnement, il retourne chaque carton. Chaque parcelle de sa conscience militarisée. Il repart en guerre. Elle est de retour. Dans sa tête, elle reprend vie.   
 
Comme il a dû tuer ce Karl, au corps massif, avachi. Comme il a dû y prendre du plaisir, puis en souffrir. Que peut-il arriver de pire...Devenir ce tueur professionnel. Devenir ce tueur. Le rester. Et se dire qu’au fond, il n’y a pas d’autre solution. Ici comme là-bas. Que de détruire l’origine de son malheur. Après ? Après quoi...Rien. Mais ce n’est pas l’essentiel. Survivre, peut-être. C’est bien. Survivre oui... Se replier dans une pièce. Prendre du poids. Ou maigrir. Négliger sa tenue, le ménage. Finir par être foutu à la porte de son logement. Revenir sur ses pas.  Mais où ? Au mieux, tourner en rond. Ecumer les lieux fantômes de sa fuite. Cette armurerie en est un pour Karl. Il m’indique du doigt un petit escalier au fond du magasin. M’y entraîne ensuite par le bras.

mercredi 21 août 2013

178-

Cette pensée troue littéralement mon esprit, comme un acide. Le visage emporté. Ma conscience brûlée au troisième degré. Pensée qui se heurte aux gestes fébriles de Karl. De temps en temps, il dirige sa lampe sur moi. Et m’éclaire des pieds à la tête. Comme pour mesurer la confiance qu’il peut me faire. Comme pour traquer en moi cet homme normal qui serait le danger. Ce risque pour lui de ne pas comprendre. De se dire parmi les fous, aux mains d’un meurtrier. Aveuglé, non par la maladie, mais par sa mesure excessive.

vendredi 16 août 2013

177-

Ce corps immédiat. Le comprendre enfin. Lui rendre sa grâce, la justice qu’il n’aura jamais. Karl me propose de le faire, d’honorer ce corps qu’il ne connaît pas. De trouver une arme et de partir à la recherche de... Il fallait être totalement soûl pour ruminer une idée pareille. Nous l’étions. Entendre cette voix, cette présence édifiante en moi. Depuis le matin. L’intrusion monstrueuse, répondant à ce noir. Céline, les présages disséminés tout au long des semaines écoulées...Du diagnostic à la soirée chez les Costigan... Les appels au secours de Céline, son désir soudain d’enfanter. Peut-être pour se protéger d’un vide qu’elle pressentait. Peut-être pour m’accompagner vers la cécité. Des mois à voir son ventre comme un réceptacle sacré. Mes yeux se perdre dans ce devenir. Aller vers la nuit, presque serein, d’avoir transmis autre chose qu’un cabinet professionnel. C’était la réaction attendue, la réaction que j’aurais dû avoir.

jeudi 8 août 2013

176-

Qu’un lieu pareil puisse exister... « Cartouches Brass Eagle »... « Pack Sniper Crossman »... “Ruger Blackhawk” … “Fusils neutralisés”… Ces mots sont restés gravés dans ma mémoire comme des impacts. De douloureuses réminiscences. De tout ce qu’il adviendra par la suite.  Il s’empare finalement d’une lampe-torche, qu’il décroche du mur. Une lampe surpuissante. Avec laquelle il balaie toute la pièce. Il cherche quelque chose. Il semble connaître le lieu, presque mieux que son appartement. Il y est totalement à son aise.  Se redéploie,  redevient cette bête, bloc de muscles. Il m’effraie. Mais l’odeur, son odeur... L’âme de Céline qu’il traîne partout avec lui. Il m’effraie et me séduit. Incarne une force bestiale, un relent infernal...Mais dans son sillage apparaît mon amour, ce corps défait.

lundi 5 août 2013

175-

Il pousse la porte. Ce qui à cette heure paraît surréaliste. Et rentre comme en heure ouvrable. Il se penche un peu. Trouver la lumière. Y renonce. Et grogne. Affligeante infirmité. Ce Karl, l’homme muet, qui m’entraîne là, dans ce monde-perdition, lieu d’échange et de mort, devient l’espace d’une seconde, il devient à lui tout seul, le trou béant dans le tissu universel. Silence, détresse abyssale de se voir isolé. A ce point.   
 
L’objet impossible qui se tient sur la faille. Et qui chute. L’oracle inutile d’une langue estropiée.