Dont l’écho devient terrible au fur et à mesure
que la journée sombre. J’ignore comment je vais survivre à cette soirée. La
première sans elle. J’ignore comment je vais m’arracher à la rue. L’heure n’a
plus la moindre importance. Gravée dans ma mémoire, la cicatrice de ces moments,
elle court toujours à vif. Rentrer dans notre appartement me semble impensable.
mardi 13 novembre 2012
vendredi 9 novembre 2012
123-
C’est le corps que je cherche, et sa voix. Tout
autour de moi, alors que je m’écarte de personnes aux visages graves ou
souriants. Je me raccroche à n’importe quoi. A n’importe quelle sensation. Une
odeur, un bruit...Je dois pourtant me résoudre. Aux curieux se joignent à
présent les résidents de la place, ils rentrent chez eux, des employés qui
sortent de leur travail. Dans le soleil tombant, la fraîcheur automnale. Le pur effroi de la scène de crime disparaît peu à peu. Au profit d’un décor apaisé.
Les véhicules de police sont partis. Il reste encore ce carré horrible, avec
une bâche. A peine protégé désormais. Il reste encore mon désir brûlant d’en
finir. Criblé par l’horreur de son absence.
vendredi 2 novembre 2012
122-
Je dois me résoudre à ne plus la voir. C’est par
ces mots que je commence ma nuit. Je dois quitter cet endroit, et vite. Mes
mains tremblent...Ce n’est pas la fatigue, la détresse ou la peur. Plutôt
l’excitation malsaine du tueur. Comme si, à travers moi, il voyait le spectacle
d’une mort abjecte. Fosse commune, là, au milieu de la place. Tout juste
humanisée par le doux balancement des arbres.
lundi 29 octobre 2012
121-
Et ne jamais me tirer hors de ce néant. Au bord
duquel s’agglutine toute cette foule. Je ne suis pas sûr de ce que je vois...Tout
semble noyé dans une lumière obscène. Et les bruits me parviennent étouffés. Je
rassemble ce qui me reste de raison. Puis je tente de me frayer un passage. Au
plus près de l’endroit...Délimité,
protégé. J’y parviens, en chialant. C’est comme si j’étais à ses côtés. Qu’elle
était encore là, le corps chaud. Vivante. Le désir brûlant de la ramener. Mais
d’où précisément ? Par quel moyen ? Je l’ai vu, l’autre...Je veux
dire le cadavre, sa vérité.
Des pas dans le couloir...Ils me tirent de ces
pages, j’allais dire de la place. La porte s’ouvre. Regard furtif à l’intérieur
de ma chambre. Demain, demain je reviendrai.
lundi 17 septembre 2012
120-
Je me sens si faible et impuissant devant ce que
je vois. Vide un instant de toute émotion. Je pourrais même parler avec la
vieille. Lui demander des renseignements. Comme si je n’étais pas concerné au
plus profond de mon être par ce déballage funeste. Alors dans ma tête défilent
en accéléré des psaumes, remontant des profondeurs de l’enfance. Toi qui m’as tant fait voir de détresses et
de malheurs...Tu vas à nouveau me laisser vivre...Me laisser vivre. Dans cet abîme.
lundi 10 septembre 2012
119-
Je me dis alors que l’horreur est comme la
publicité. Un truc imbattable. Totalement insurmontable. Qu’il est inutile de
lutter. Je suis rattrapé par le sentiment négatif qui me rongeait depuis la
trahison de mes yeux...Et par toutes ces images de Céline détruite. D’abord
dans un désordre imaginaire. Celui dans lequel j’étais au début. Superposition toxique d’images imprimées dans l’esprit, et de la réalité. De son corps à
elle, tel qu’il m’a été rendu...Et d’autres corps inventés. Pour survivre
j’imagine. Tenir le plus loin possible de moi ce réel insensé.
lundi 3 septembre 2012
118-
Pour cette nuit c’est terminé. Si je continue je
vais m’effondrer. Et tout va revenir. Mon refus de sortir de la chambre passe
mal. Le psychiatre considère que c’est encore une régression. J’ai d’abord refusé
de voir les autres en salle commune. Mais je participais toujours aux ateliers
imposés. Saloperies d’activités thérapeutiques...La nuit prochaine sera le
meilleur des traitements. Comme toutes les autres.
La
place gronde d’une animation extraordinaire. Une véritable foire macabre
presque jouissive. Foule massée derrière un ruban orange. Barrières au milieu
de la route, véhicules de police et puis
une bâche verte tendue au-dessus d’un massif. Bien sûr la dépouille de Céline
n’est plus dessous. Elle est à l’institut. Le ciel est comme une laisse de
basse mer : sable façonné par le ressac, nuages joliment formés.
Par
une porte ouverte, j’aperçois une vieille femme qui se tient d’une curieuse façon.
Le corps tordu un pied à l’extérieur sur le trottoir. Tordu par la curiosité. Dévorée
par l’envie de voir quelque chose. Au diable si la vue convoitée doit la
traumatiser pour le restant de ses jours.
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