lundi 29 octobre 2012

121-

Et ne jamais me tirer hors de ce néant. Au bord duquel s’agglutine toute cette foule. Je ne suis pas sûr de ce que je vois...Tout semble noyé dans une lumière obscène. Et les bruits me parviennent étouffés. Je rassemble ce qui me reste de raison. Puis je tente de me frayer un passage. Au plus près de l’endroit...Délimité, protégé. J’y parviens, en chialant. C’est comme si j’étais à ses côtés. Qu’elle était encore là, le corps chaud. Vivante. Le désir brûlant de la ramener. Mais d’où précisément ? Par quel moyen ? Je l’ai vu, l’autre...Je veux dire le cadavre, sa vérité.
 
Des pas dans le couloir...Ils me tirent de ces pages, j’allais dire de la place. La porte s’ouvre. Regard furtif à l’intérieur de ma chambre. Demain, demain je reviendrai.

lundi 17 septembre 2012

120-

Je me sens si faible et impuissant devant ce que je vois. Vide un instant de toute émotion. Je pourrais même parler avec la vieille. Lui demander des renseignements. Comme si je n’étais pas concerné au plus profond de mon être par ce déballage funeste. Alors dans ma tête défilent en accéléré des psaumes, remontant des profondeurs de l’enfance.   Toi qui m’as tant fait voir de détresses et de malheurs...Tu vas à nouveau me laisser vivre...Me laisser vivre. Dans cet abîme.

lundi 10 septembre 2012

119-

Je me dis alors que l’horreur est comme la publicité. Un truc imbattable. Totalement insurmontable. Qu’il est inutile de lutter. Je suis rattrapé par le sentiment négatif qui me rongeait depuis la trahison de mes yeux...Et par toutes ces images de Céline détruite. D’abord dans un désordre imaginaire. Celui dans lequel j’étais au début. Superposition toxique d’images imprimées dans l’esprit, et de la réalité. De son corps à elle, tel qu’il m’a été rendu...Et d’autres corps inventés. Pour survivre j’imagine. Tenir le plus loin possible de moi ce réel insensé.

lundi 3 septembre 2012

118-



 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Pour cette nuit c’est terminé. Si je continue je vais m’effondrer. Et tout va revenir. Mon refus de sortir de la chambre passe mal. Le psychiatre considère que c’est encore une régression. J’ai d’abord refusé de voir les autres en salle commune. Mais je participais toujours aux ateliers imposés. Saloperies d’activités thérapeutiques...La nuit prochaine sera le meilleur des traitements. Comme toutes les autres.
 
La place gronde d’une animation extraordinaire. Une véritable foire macabre presque jouissive. Foule massée derrière un ruban orange. Barrières au milieu de la route,  véhicules de police et puis une bâche verte tendue au-dessus d’un massif. Bien sûr la dépouille de Céline n’est plus dessous. Elle est à l’institut. Le ciel est comme une laisse de basse mer : sable façonné par le ressac, nuages joliment formés.
 
Par une porte ouverte, j’aperçois une vieille femme qui se tient d’une curieuse façon. Le corps tordu un pied à l’extérieur sur le trottoir. Tordu par la curiosité. Dévorée par l’envie de voir quelque chose. Au diable si la vue convoitée doit la traumatiser pour le restant de ses jours.
 

vendredi 31 août 2012

117-

On a klaxonné derrière moi. J’ai dû griller un feu, louper un stop. La place approche et le chien devient plus nerveux. Du mal à tenir correctement le fruit de sa victoire. Un moment il le fait même tomber. Fou de rage il le rattrape d’un coup sec. J’ai entendu le bruit de ses crocs sur le sol. La route qui dessert la place est à sens unique. La nervosité animale m’a contaminé. Une roue sur le trottoir, je coupe le moteur et je descends. Je ne suis pas seul.
 
Putain de Dieu dans quelques minutes je vais me retrouver...Je vais marcher dans le sang de Céline.

mercredi 29 août 2012

116-

Le clébard se déplace sur les bords du carré. Il ne pénètre jamais à l’intérieur. La truffe mouillée et soyeuse laisse des traces de morve par terre. Le pelage est d’une perfection admirable. Ses muscles saillants bougent au moindre mouvement.  

Je conduis sans rien voir. Le chien prend toute la place dans ma tête. Parfois il secoue le lambeau qu’il tient fermement. Avec une délicatesse sadique. Tel un trophée. Le témoignage de sa supériorité. Il en prend soin, c’est évident. De temps en temps, il cligne des yeux. Ouvre un peu sa mâchoire en acier. Histoire de remettre bien en place le morceau de chair. Puis il recommence à faire des allers et retours le long de l’étoffe.

 

lundi 27 août 2012

115-

Les motos et les scooters qui filent entre les voitures comme des fauves à la chasse. Moi aussi, je chasse. Si je tiens à me rendre place Dusquesne c’est pour m’imprégner du crime. Le toucher comme s’il s’agissait d’un objet. La place est un écrin. Elle est recouverte d’un carré de soie noire qui brille dans la lumière blessante de la mi-journée.
 
Au milieu de l’étoffe, le corps de Céline blanc et intact. Très vite remplacé par son seul visage. Sur l’un des bords du carré, un chien de combat. Un Pitbull, un rottweiler...Ce que vous voulez. Je n’arrive pas à identifier la race. Tout ce qui compte c’est que ce soit un chien affreusement puissant. D’une laideur et d’une force inhumaine. Dans sa gueule, un morceau de peau. Ce n’est pas le visage. C’est seulement un grand morceau de peau prélevé sur le corps. Peut-être dans le dos. Dans les yeux noirs de l’animal, pas la moindre étincelle de vie. Sauf, en cherchant bien, un grain de satisfaction féroce.