mardi 24 septembre 2013

191-

Malgré les coupures…Les faillites précipitées, un rien s’immobilise. Une peur bleue. Malgré les écarts…La tête jamais vraiment libérée. J’ai dû tenir, accumuler des pages. Les retirer en ligne. Vertu solitaire…Vertige de merde.  Son écho dans la poitrine. Comme la douleur. Compagnie difficile à raisonner. Son cortège lancinant qui semble me pousser vers...Finalement la seule chose concrète.  De son air catastrophé. Après avoir trop bu, observant ses mains…Les oiseaux…De vagues vérités.  Et les toits en dernier ressort.
 
Sa vie que je tente de recoudre. De rattacher à ma peau, à mes souvenirs. La greffe de ses lambeaux sur mes manques. Ce visage incrusté. Façon d’une Femme nue et allongée. Homme et femme.
 
Sainte face. Sainte famille…I’m through with you. Rejoindre ainsi la solitude, que l’on prend dans la gueule…Comme une invocation. Une prière dans le vide. Sauvagement obtenue. Et puis c’est trop différent…On finit par l’admettre. Un peu tard. Devant une œuvre, une bière... Autre chose. On en termine, dans ce climat devenu sec et froid… Avec les fausses adresses, ces murs grattés laissant apparaître les dates. Leurs effets délétères qu’aucune parole ne pourra...Encore moins sortir de la tête. Refuser de l’entendre… I’m through with you... J’en ai fini avec toi. Dans ce monde. Seulement dans celui-là, mon amour. Dans ce monde, je commence mon histoire avec celui qui t'a ôté la vie.

lundi 23 septembre 2013

190-

A l’hécatombe nul n’est préparé. De ce chemin des morts, sillonnant ville et jardins, nul n’a jamais ramené autre  chose que sa fin. Autre chose que des ombres, qui deviennent compagnes des jours, cauchemars la nuit. Sans que les mots nous unissent, nous aient seulement donné une chance de le faire. Le corps maternel devenu comme un voile imperceptible. Traversant murs et conscience. Les sensations charnelles, le touché, évaporés dans ce théâtre noir. Antichambre et malaises. Celui-là je ne l’ai plus vu... Il m’a été arraché. Dérobé pour la bonne cause. Celui de Céline, en revanche...Je l’ai vu. De la vie à sa mort. Sa beauté jusqu’aux tréfonds de la chair. Sa vie dangereuse.

samedi 21 septembre 2013

189-


Le genre de détournements qui me propulsaient avec une telle facilité dans l’univers de Karl. De l’avoir trouvé sur ma route relève de ces hasards malheureux. Mais irrésistibles. Alors finalement ces voix, venant se poser sur ma raison, le déroulement rationnel du temps, m’ont servi. Déréglant jusqu’à l’absurde...Déréglant jusqu’à l’overdose, l’enfance oppressée, oppressante, la mort si présente, que j’en connais le goût - âcre, étrangement sucré, écœurant – et la vie d’adulte sur les pas de mon père, saint parmi les saints. Travailleur parmi les travailleurs. Dissimulateur parmi les dissimulateurs. Mais ça n’a servi à rien qu’il me la cache. Ca n’a servi à rien, sauf peut-être à me rendre si triste. De ce silence. De cet aveuglement. Chambre noire...Dans laquelle déjà un corps agonisait.

vendredi 20 septembre 2013

188-

Mettre fin à cette invasion. Ce parasitage de mes pensées... 
 
Tu es l'amorce à l'ouest de quelque chose...La fatigue comme un chien est lâchée...Ce péril est si grand, qu'une réaction néfaste ne m'effraie plus. Ce péril te ressemble, la distance me rend la mémoire...Ce qui fonce sur moi je l'aime déjà...Qu'il me désintègre et me rapproche de toi. 
 
Voilà...Voilà où la limite se situe : à cette porte que je n'ai pas ouverte. A cette voie d'accès pour une guérison provisoire, autant dire consommée, interdite. Qu'on achète le long des murs. Ce qui nous fait l’amorce d'une réponse, de quelque chose...La fatigue est ruinée pour un instant. Les langues se mélangent à nouveau. Et la rade s'éclaire. On essaie d'y voir une frontière silencieuse. Qui nous happe. On essaie d'y voir un Classic Noir, sur un de ces bâtiments bien alignés.  L'amorce d'une fièvre sans gravité.

jeudi 19 septembre 2013

187-

La corruption emportant sur son passage les témoins, plus ou moins, volontaires de ce désordre. A la surface pilonnée, qui ressemble à une peau tavelée. Grêlée. Visage de Karl...Remplaçant peu à peu la présence de Céline. Vision toujours moins effrayante que le manque...Entre son front et la nuque, qu’elle avait merveilleuse. Ce manque...Charnel puis désincarné.
 
Telle une beauté trop vite ensevelie. L’éternité vigoureuse proclame le déshonneur des rumeurs. De ses flammes véloces aux noirs édifices statiques...De sa brumeuse sépulture elle compose,  à présent, une musique drastique, des déflagrations muettes. Entre les parfums de vie et de mort.
 
De vie ou de mort...Elle hésite.
 
Vêtue de vapeurs narcotiques...Vais-je les charmer ou les intoxiquer ? Ou les charmer et les détruire ensuite ? Etranges émanations toxiques comme l’industrie navale de cette ville. Douce électrocution que cette voix atmosphérique qui vibre et apprivoise l’errance, la peine immortelle. Sur le lugubre elle médite et rumine une vengeance assoupie. Qu’elle te transmet. Tu en hérites.
 
Cuve d'ammoniac ou de pétrole ? Elle jure de toutes les exploser. En vers libres des outrages à la vie.
Des infractions aux lois positives...Et elles’interroge dans sa robe d’encre.
 
Les vices et les rivages critiques
Les vices ou les funestes ravages ?
Une si jeune dissonance impérissable...
Lorsqu’elle contemple sa dégradation
Elle est soudain prise d’une fièvre
 
Une montée couleur de suie. Un charbon raffiné qui mâchure et qui souille le terrain de réflexions calomnieuses. Qu’elle recycle aussitôt dans ses ténèbres.

mardi 17 septembre 2013

186-

L’étroitesse des pièces dans lesquelles Karl survivait. De ces lieux désertiques, bornés par des  montagnes arides, aux appartements minuscules, cloisons perforées. Criblées d’éclats intimes, de blessures. De membres fantômes. Les silhouettes à ses côtés, aux visages presque identiques. Le regard entravé par d’épaisses lunettes noires. Individus interchangeables, alourdis par de puissants appareils, greffés dans leur dos. Objets communicants, abandonnés mais repérables en temps réel. Epinglés sur un mur. Je vois bien dans les yeux de Karl à cet instant le dérèglement. Il succède à la mort, cette absence de lumière.

jeudi 12 septembre 2013

185-

 
J’ai tant fait, insoucieux, pour apprendre à tirer. Viser juste. Dans une nuit interminable. Le trouver, l’abattre. Alors que les images se pressaient, puis se décomposaient. Photos de Céline, le temps de sa vie, d’un souffle certain à ma nuque. Prises tout au long de notre parcours commun.  Allongée lascive, étrangement belle. Que sont-ils devenus ces clichés numériques ? Je l’ignore. Perdus dans un disque dur. Mais ils sont là quelque part. Preuves d’une existence. La sienne, la nôtre. Elles se heurtent aux déchirures, au sang de l’argentique. L’autopsie de sa fin, de la mienne. En mille images de soi dispersées. Les rassembler, reconstituer. Avec la peine indescriptible au corps, à l’esprit. Cristallisée ce soir-là dans une arme. Le seul chemin possible. L’étroitesse du canon.